Finalités des pièces de lutte du Codex Wallerstein

Le Codex Wallerstein présente clairement deux pratiques: l’une ludique, l’autre s’approchant d’une logique de self-defense.

Si le but de la self est assez clair, en l’absence de règlement de pratique, la finalité de la lutte ludique est assez floue.

Après la première lecture du manuscrit, je me suis dit que nous devions concentrer notre pratique sur le fait de faire chuter l’adversaire en réduisant les temps de jeu au sol et le limiter au fait de se relever ou à un contrôle en position supérieure ou un retournement en position inférieure. L’objectif du pratiquant est donc clair: faire tomber l’autre et si l’on tombe avec lui: se dégager d’une position inférieure le cas échéant puis se relever ou contrôler l’adversaire.

Suite à une discussion avec Pierre Alexandre, j’ai quantifié cette appréciation en comptant les finalités présentées dans les pièces de lutte du Codex Wallerstein. J’ai repartie les finalités en plusieurs catégories:

  • chute,
  • repousser l’adversaire,
  • clef articulaire,
  • frappe,
  • attaque à un point sensible.

J’ai compté chacune des finalités des pièces, notamment lorsque celles-ci en comprenaient plusieurs. Sur les 103 actions recensées, on a la répartition suivante:

On notera que les clefs, les frappes, les contrôles, les attaques à un point sensible semblent être exclue de la lutte ludique. On a donc la répartition suivante:

  • Lutte ludique: 62%
  • Lutte « sérieuse »: 38%

La lutte « sérieuse »

La lutte de self inclue les pièces de lutte ludique ainsi que le reste du manuscrit couvrant: clefs, frappes, contrôles, attaques à un point sensible.

Il est à noter que certaines chutes sont inclues dans le répertoire de la self: 3 chutes sur la tête et 3 chutes simultanées à une clef articulaire (je lui casse le bras et le fait tomber dans le même mouvement).

Les clefs articulaires concernent uniquement des clefs de bras (poignet, coude, épaule) à l’exception d’une pièce parlant de faire pression sur le cou. Une pièces décrit une frappe sur la jambe sans qu’il ne soit clair s’il s’agit de simplement faire tomber l’adversaire ou lui briser le genou, je l’ai donc rangé avec les frappes. Toutes les clefs sont faites à partir d’une position debout.

Les pièces de frappes parlent de coups de poing, de frappes avec la main ouverte ainsi qu’un coup de pied frontal et un coups de genou.

Les attaques à un point sensible sont assez variées: pouce, trachée, entre-jambe, yeux.

Le manuscrit présente 2 contrôles debout et 2 contrôles au sol.

La lutte ludique

La lutte ludique est constituée de deux types de pièces: des chutes (57) ainsi que 7 pièces dans lesquelles on vient repousser l’adversaire sans le faire chuter, principalement pour se sortir d’une prise trop forte.

Le texte de la plupart des pièces présentant des chutes ne précise pas explicitement la partie de l’adversaire qui touchera le sol en premier toutefois, parmi celles qui le font, on constate que les chutes sur le dos sont majoritaires. L’interprétation des pièces mène à la même conclusion.

Le fait que quelques pièces se font en tombant avec l’adversaire et que la grande majorité restante ne précise rien à ce sujet, je suppose qu’il n’est pas considéré comme mauvais de tomber avec l’adversaire…point ouvert.

Il serait intéressant de compléter ces chiffres en quantifiant les moyens utilisés pour faire chuter en vue d’en voir la représentativité (attaque aux jambes avec les bras, sacrifice, hancher, etc.).

Les autres sources

A l’avenir, il serait bon de faire le même exercice sur d’autres sources…avis aux amateurs!

Au vu de ce que j’ai pu lire, je pense que la tendance générale sera respectée mais on pourra voir quelques additions à la marge permettant de comprendre l’étendu du répertoire technique de la lutte médiévale:

Conclusion

L’objectif de pratique d’une lutte ludique d’AMHE dans l’esprit du CW devrait donc porter sur le fait de faire tomber l’autre, si possible sur le dos…rien d’autre.

On pourra toutefois à loisir ajouter à notre pratique: contrôles, clefs, frappes et attaques à un point sensible tant que l’on garde à l’esprit la sécurité de nos partenaires d’entrainement et que l’on laisse l’ego au vestiaire en ayant une dose de compréhension contextuelle et de coopération lorsqu’on nous applique des pièces sensibles à intensité réduite.

Bonne pratique,

Alexander

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8 responses to “Finalités des pièces de lutte du Codex Wallerstein”

  1. Fabrice says :

    Est-ce que ça veut dire que la finalité principale de la lutte, dans ce manuel, est le « jeu » (62 %) ?

    • Alexander says :

      Bonjour Fabrice,

      Il est difficile de se prononcer sur la finalité du manuel en tant que tel mais on peut voir dans ces chiffres que la part de self est assez importante (à l’instar de la lutte de Fiore mais au contraire d’un manuel comme Auerswald qui se concentre uniquement sur la lutte ludique). En travaillant le CW je me dis que la lutte ludique est une base sur laquelle on construit celle pour les affaires sérieuses. J’oserai même dire que c’est une base sur laquelle on doit construire l’escrime à l’épée longue…

  2. Fabrice says :

    En fait je me disais : si la part de ludique est importante pourquoi, ça ne serait pas de même en épée longue ? Par exemple, le liage complexe serait-il une vue ludique de l’escrime ? Parce que quand on voit des « experts » se taper dessus en mode tournoi donc survie, le liage… on en voit pas…

    • Pierre al says :

      Le lien est une conséquence, à mon sens et selon ma propre théorie sur l’escrime dite « liechtenauerienne », de la volonté de logique du système. On crée un point de convergence des engagements pour décomposer les possibilités qui existent. Un peu comme un raisonnement.

      Plus qu’un objectif « ludique » je dirais donc que c’est un objectif pédagogique : faire naitre la logique du chaos (rien de lyrique, c’est un objectif classique des sciences médiévales et modernes)

      Quand aux objectifs du codex « wallerstein »… plus que « ludiques » je dirais que ce sont des pièces d’exercice qui sont montrées. Et on ne tue pas son adversaire a l’exercice. Enfin, pas entre gens civilisés.

    • Alexander says :

      Le codex wallerstein présente clairement la distinction entre jeu et « vraie vie » dans l’introduction et distillé dans ses pièces. La partie utilisée uniquement pour le jeu est importante mais laisse une très bonne place au reste (approx. 40%).

      Chez les glossateurs de Liechtenauer c’est un peu plus flou. Il est dit que l’escrime de Liechtenauer s’applique aussi bien au jeu qu’aux affaires sérieuses mais en fin de compte nous avons simplement quelques pièces à double finalité (un coup de pommeau dans le visage vs. une projection par ex.). La distinction n’est pas claire dans le texte, Pierre Alexandre donne une piste de travail.

      Du coup, je ne vois pas en quoi tu fais le lien entre le jeu au fer et une escrime ludique.

      Il ne faut pas voir les compétitions comme le reflet du « vrai combat » selon sources, puisqu’on va nécessairement y voir des adaptations tactiques et techniques pour faciliter la victoire en fonction des règles qui seront adaptées. Quant aux experts, en prenant ton hypothèse liage = escrime ludique, ils devraient faire ça souvent en compétition dans la mesure où un tournoi est l’expression ludique ultime des AMHE ;).

      Je ne suis certainement pas un expert mais à chaque assaut que je fais, j’utilise du jeu au fer lorsque approprié et il va de même pour les autres membres du PEAMHE tout comme les escrimeurs réputés avec qui j’ai pu faire un assaut. Mais il faut bien avouer que le jeu au fer est le parent pauvre dans l’entrainement d’un certain nombre de pratiquants, bien qu’il fasse partie intégrante de l’escrime liechtenauerienne tout comme les pièces d’approche, de lutte, etc.

      • Pierre al says :

        Joachim Meyer dit que le lien est le moyen de départager deux personnes expérimentées, puisqu’elles se sont neutralisées toutes les deux. Le lien serait l’expression finale de la finesse de l’escrime, de tout son aspect savant en somme.

        perso, je le rencontre peu (mais j’ai peu d’adversaires) parce que la majorité de notre jeu est constitué de feintes et de dégagements. Le lien arrive, mais quand on arrive a se neutraliser, pas par choix.

        C’est tout le problème de l’utilisation technique : quand est ce qu’on passe d’un usage « martial », en condition, à un usage « partial », où on provoque la situation (consciemment ou inconsciemment) qui permet de développer le, travail manuel…

  3. Fabrice says :

    Merci pour vos réactions !

  4. Alexander says :

    ERRATUM: les contrôles au sol (au moins un: 73v) devrait être comptés dans la lutte ludique.

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