Archive | février 2013

Technique: 17v (twrich/traverse partie 3)

SOURCE

17r

Item ist sach dastu in denn armm mit ainem ringst so prich auß mit ainer hant vnd var im nach dem fuß alz du im auf welst zucken so zeucht er denn fuß hindersich vnd fleucht da in so gee dem fusß nach mit dem armm vnd trit mit deinez fuß hinder in in dy twirch alz hy gemalt stett Das get zw paiden seitten vnd ye nidrer du in der twirch stest ye stercker dw stenn magst wan dw tarfst anderst nit dann das knie vast piegen

Item, dans cette situation tu luttes aux bras avec ton adversaire ; alors libère une main et fais mine de vouloir lui agripper le pied pour le soulever. S’il fait échapper son pied en le retirant vers l’arrière, alors suis le pied avec les bras et marche avec ton pied derrière dans la traverse comme peint ici. Cela s’effectue des deux côtés. Plus tu seras bas dans la traverse, plus tu te tiendras fermement, à condition de ne pas faire autre chose que bien plier le genou.

INTERPRETATION

La première section du codex wallerstein est consacrée aux traverses dont le principe generale est de jouer avec le haut et le bas du corps pour créer un déséquilibre. En voici la première.

La première traverse est présentée comme un enchainement suite à un ramassement de jambe manqué. Contrairement à 16r, on va essayer d’attraper la jambe avancée de l’adversaire à partir d’une position de lutte au bras (dans 16r on est hors distance de bras).

La position finale des mains, particulièrement le fait que l’on contrôle le bras droit de l’adversaire avec notre main gauche, me fait dire que l’on va aller chercher la jambe avancée gauche avec la main droite. On va chercher la jambe avancée avec la main du cote opposée, contrairement à 16r où l’on vient avec la main du même coté. Il est normal qu’étant hors distance, on viennent chercher la jambe avancée avec la main la plus proche puisqu’on n’a pas le barrage des mains à passer. En revanche, dans le cas présent, aller à la jambe avancée avec le bras du coté opposé est assez pratique puisqu’en lutte aux bras on pose naturellement ce bras (celui de notre jambe avancée) à l’intérieur du bras gauche de l’adversaire, le rendant moins contrôlable que s’il se trouvait à l’extérieur.

On vient donc chercher la jambe avancée gauche de l’adversaire avec sa main droite. L’adversaire enlève la cible en reculant la jambe, nous forçant à continuer notre mouvement vers l’avant. Avec un petit pas croisé à l’image du pas utilisé pour faire un winden à l’épée longue dans le codex wallerstein, je rattrape l’adversaire et viens poser mon pied droit bien derrière les siens. Ce faisant, je rentre dans sa structure et le fais basculer en arrière (j’imagine généralement que mon buste vient le percuter).

Quelques remarques:

  • Garder prise sur le bras droit de l’adversaire avec notre main gauche permet d’éviter qu’il ne parte trop loin.
  • Cette technique fonctionne si l’on vient s’insérer dans le mouvement de l’adversaire vers l’arrière; d’une certaine façon, on vient pousser son buste en arrière plus vite que ces jambes ne reculent en mettant notre structure dans la sienne (je ne sais pas si c’est clair…).
  • Si nécessaire, on peut ajouter un petit crochet avec le pied droit au lieu de simplement le poser derrière les siens afin de bloquer encore mieux le bas pour « pousser » en haut (deuxième variante de la vidéo).
  • En variante, on peut commencer avec l’autre bras comme en 16r (i.e. aller chercher la jambe avancée gauche de l’adversaire avec notre main gauche), mais la technique devient un peu plus complexe, avec un changement de bras au moment de la transition vers la traverse et l’on perd le contrôle du bras droit de l’adversaire (première variante de la vidéo).

On notera la recommandation d’être bien ancré dans sa structure sans se pencher en avant. En pratiquant cette technique, il faut garder en mémoire que c’est le corps qui pousse l’adversaire en arrière, pas le bras droit.

Bonne pratique,

Alexander

Progression du pratiquant

MON CHEMINEMENT

En découvrant la lutte du codex wallerstein, j’ai commencé par essayer de comprendre chacune des pièces, en trouver une interprétation et dégager une vision générale de l’esprit de l’art. Puis j’ai fait des répétitions de chacune des techniques individuelles. Ceci a permis de bien en assimiler la mécanique et de les incorporer dans ma mémoire musculaire.

Malgré tout mes efforts, je me suis rendu compte qu’il était difficile de placer ces pièces en assaut. Pour débloquer ce problème, j’ai travaillé sur les préparations nécessaires à chaque pièce. Il s’agit d’une étape indispensable qui n’est souvent pas ou peu décrite dans les sources (par ex.: le fait de chasser les bras de l’adversaire avant de descendre pour ramasser les jambes – 42r).

Ça a bien très bien fonctionné…jusqu’à ce que mes adversaires s’habituent aux techniques et aux préparations et m’empêchent de faire quoique ce soit (par ex.: je tire mon adversaire légèrement en avant et sur le coté pour qu’il mette son poids sur la jambe avancée en vue de placer une traverse – 18v: donc il se tend un peu et je recule ladite jambe bloquant ainsi la situation et prévenant la pièce).

Frustré par ces situations de blocage nuisant à la fluidité que j’aime trouver dans les assauts, j’ai commencé à développer un jeu défensif basé sur des contres (par ex.: mon adversaire me tire en avant pour que je mette mon poids sur la jambe avancée en vue de me placer une traverse – 18v: donc au lieu de me tendre pour simplement éviter de tomber, je le laisse venir et au dernier moment je vais le contrer avec 19v).

Au fil des assauts, mes adversaires connaissent mon jeu, les pièces, leurs préparations, la façon de les prévenir et de les contrer.

C’est alors que je me suis rendue compte d’une chose somme toute évidente: il faut jouer avec un flux discontinu de pièces au lieu de penser à une technique donnée. C’est quelque chose que nous faisons déjà à l’épée longue et j’ai mis un certain temps avant d’avoir su l’appliquer à la lutte avant.

J’ai donc commencé à réfléchir aux differents enchainements explicites ou implicites entre les pièces des sources. Voici en guise d’exemple le fruit d’une séance de travail avec Sébastien sur des enchainements suite à un ramassement de jambe manqué:

On se retrouve donc à avoir des schemas tactiques en tête et dans notre mémoire musculaire avec des chaines d’événements planifiées ou sortant instinctivement avec une pièce initiale qui peut être contrée, finissant avec la victoire de l’adversaire, ou qui peut donner lieu à une suite si elle ne réussie pas mais que l’adversaire ne fait que bloquer sans menacer. Ça doit rappeler des choses aux pratiquants de l’épée longue liechtenauerienne: vor, nach, indes sont cités dans l’introduction du manuscrit, on comprend pourquoi maintenant…

Récemment, nous avons ajouté un type d’exercice qui commence à montrer ses fruits. Il s’agit pour A de travailler des répétitions d’une pièce donnée (pièce initiale). De temps en temps, son partenaire (B) va prévenir la pièce initiale sans menacer directement A (l’équivalent d’une parade toute bête à l’épée, qui couvre mais ne menace pas l’adversaire et n’aide pas à reprendre l’initiative). Sur cette réaction de B, A va garder le vor et suivre avec une autre pièce (enchainement). De temps en temps, B va contrer la pièce initiale de A, reprenant ainsi l’initiative (contre).

Si je reprend l’exemple plus haut:

  • A fait des répétitions de 18v (pièce initiale),
  • de temps en temps B recule la jambe avancée pour prévenir 18v, A en profite pour enchainer sur 39v (enchainement),
  • de temps en temps B, laissant A venir en 18v, contre la pièce en effectuant 19v (contre).

Lorsque l’on fait l’exercice, B doit laisser A faire des répétitions de la pièce initiale pendant la majorité du temps et ne faire ses contres et blocages (+ enchainement de A) que des temps en temps.

LA PROGRESSION DU LUTTEUR

Bien que trônant en haut de la chaine alimentaire de ma compréhension actuelle du sujet, ce type d’exercice n’est pas, à mon sens, à travailler d’entrée de jeu.

Je conseille plutôt le cheminement suivant (que je m’applique à suivre):

  1. A effectue des répétitions d’une pièce isolée avec B coopératif (compréhension mécanique).
  2. Idem que 1 en se focalisant sur le travail de préparation explicite de la source ou à trouver en cohérence avec son esprit (approfondissement).
  3. Idem que 2 mais l’adversaire n’est plus coopératif et se contente d’essayer de bloquer la pièce sans menacer (application de la préparation et découverte des moyens de prévenir la pièce).
  4. Sur une manière donnée de prévenir la pièce initiale, on va travailler un enchainement avec un adversaire coopératif: A effectue la pièce initiale, B bloque, A enchaine (introduction d’une dose de tactique: on commence à voir plus loin que la pièce en cours). B doit ponctuellement laisser A effectuer la pièce initiale sans bloquer pour lui faire garder une bonne posture. Avant cet exercice, on aura préalablement assimilé la pièce de cet enchainement grâce aux exercices des étapes 1 à 3.
  5. Idem que 2 mais l’adversaire n’est plus coopératif en ce qu’il va pouvoir de temps en temps contrer la pièce initiale de A. Avant cet exercice, on aura préalablement assimilé la pièce du contre grâce aux exercices des étapes 1 à 3.
  6. Idem que 5  et B peut de temps en temps se contenter de bloquer la pièce initiale comme en 4, sur quoi A devra suivre avec l’enchainement travailler.

Il est important d’avoir à l’esprit que A et B se font travailler mutuellement, chacun est le coach de l’autre et doit l’aider à progresser et à travailler. Il faut être un bon partenaire d’entrainement, c’est en aidant les autres à progresser qu’un pratiquant progressera mieux lui même.

Ces exercices progressifs permettent d’assimiler la mécanique des pièces, de comprendre comment elles s’insèrent dans un jeu global et de développer un sens tactique (comment la pièce fonctionne, comment elle interagit avec les autres pièces et les réactions de mon adversaires, comment profiter et jouer avec tout l’ensemble).

Si vous souhaitez suivre ce cycle, voici quelques exemples pour vous aider. Il s’agit d’exercices (point 6) travaillés à l’occasion de l’atelier de lutte des Rencontres AMHE du Mans le 8 décembre 2012 (4 exercices au sein d’une chaine d’événements utilisée comme fil conducteur sans constituer un exercice en soi – travailler une séquence prédéfinie trop longue n’étant pas le plus pertinent):

exo

Après avoir fait ce cycle pour divers exercices, on a suffisamment de repères pour essayer de travailler dans un cadre plus libre et arriver à pratiquer et conclure des assauts de manière fluide sans rester bloquer parce « je ne savais pas quoi faire ». Par exemple: A reste dans le vor et doit enchainer pièce sur pièce alors que B se contente de bloquer et se permet de temps en temps de placer un contre à une pièce de A. Il est important ici que A enchaine des pièces librement, sans les avoir préalablement fixées afin de travailler sa créativité et de pouvoir travailler de façon continue sans s’interrompre. Cet exercice peut se faire à divers degrés de vitesse et de résistance…et constitue un très bon moyen de travailler son cardio!

Bonne pratique,

Alexander